Razzias des Vikings sur Sithiu
Au milieu du IX ème siècle, le monastère bas ( Saint-Bertin ) est une des Abbayes les plus puissantes de l'Empire Carolingien. Son influence et la confiance qu'elle inspire incitent de nombreuses abbayes à déposer leurs reliques et autres trésors derrière ses murailles ( qui se renforceront sous l’impulsion des premiers Comtes de Flandre ). L'abbaye de Saint-Bertin sera progressivement emmuraillée, et la ville de Saint-Omer en fera de même. L'abbaye Saint-Bertin eut, comme toutes les abbayes de cette période, à craindre les razzias des Vikings.
Propriétaires de fabuleux trésors et souvent bien mal gardés, elles jouissaient d'un attrait évident auprès de ces pillards venus s'enrichir.
Les chroniqueurs rapportent 3 attaques de l'abbaye :
La première en 860 à la veille de la Pentecôte, fut l’oeuvre, d’un dénommé Weland. Lui et ses hommes du Nord, arrivèrent de nuit devant un monastère vidé de ses habitants à l'exception de 4 membres du clergé restés sur place. Ils pillèrent Saint-Bertin et Sithiu avant de repartir en laissant une part du butin pour le dieu des Chrétiens, placée sur un autel. Des hommes de Weland, trop avides, décidèrent de récupérer ce butin. L’apprenant, Weland fit pendre les voleurs aux portes du monastère.
La deuxième eut lieu le 28 juillet 879. Une armée importante de Norrois débarqua de nuit et sema la terreur en pillant et incendiant tout sur son passage. Sithiu n'échappa pas à cette destruction. La troupe du nord reprendra rapidement la mer pour éviter l'armée Carolingienne mais, après un court séjour en Angleterre, ils revinrent en Flandre pour ravager la ville de Gand située à 100 kilomètres au nord est de Sithiu.
La troisième, eut lieu le 16 avril 891. Depuis la deuxième invasion le Châtelain de Saint-Omer avait mis en place des vigies chargées de surveiller jour et nuit les allées et venues des navires. Les vigies remplirent leur rôle à merveille, et les barbares furent immédiatement signalés à la population de la cité. Dès qu'ils eurent franchi le rétrécissement menant à l'Abbaye Saint-Bertin, et quand les Vikings furent suffisamment loin et hors de portée de vue, dans le plus grand silence les bateliers Audomarois barrèrent le chenal avec des dizaines de barques à fond plat reliées entr'elles par des cordages. Alors que les Vikings s'approchaient furtivement de nuit de la place qu'ils croyaient sans défenses comme d'habitude, ces barbares durent faire face à toute la population fermement décidée à repousser ces pillards meurtriers venus de la mer. Dans l'impossibilité d'accoster ils rebroussèrent chemin pour regagner la mer, mais très vite ils apperçurent au loin le chenal bloqué par une armada d'embarcations pleines de combattants qui criaient pour effrayer ces barbares. Il y avait des brasiers dans toutes les barques Audomaroises donnant ainsi l'impression dans la nuit que le chenal était bloqué et très bien défendu. Dans l'impossibilité d'apprécier en pleine nuit l'importance du danger, les Vikings firent à nouveau demi tour et remontèrent le bras de mer en direction du village d'Helfaut. Plus ils remontaient ce bras de mer et moins la navigation était simple ( faible tirant d'eau ). Les habitants qui avaient quitté la cité pour suivre le long des berges les navires Vikings, se préparaient à l'assaut final, la voie était sans issue pour les Vikings, et, au pied du village d'Helfaut le bras de mer qui avait disparu depuis un kilomètre laissait place à la rivière l'Aa ( beaucoup plus large que celle que nous connaissons aujourd'hui ) que les Vikings devaient remonter. Après quelques centaines de mètres d'une navigation compliquée, tous les Langskips s'enlisèrent dans un lieudit de la commune de Blendecques appelé Wins ( désigné dans les chroniques sous le nom de Windingahem et aussi Winningahem dans le cartularium sithiense. Plus tard son nom contracté devint Winch (1358) Weins et finalement Wins nom qu'il porte aujourd'hui. ), les Vikings s'enfuirent à pied comme ils purent avec leur butin ( volé en chemin avant d'arriver à Sithiu ) en direction du village de Wavrans-sur-l'Aa. Rattrappés par les habitants de Sithiu, ils furent 300 à se faire massacrer. Le butin fut ramené à Sithiu, et les habitants remercièrent Dieu lors d'une grande manifestation à Saint Bertin. Deux survivants ( ou quatre selon les sources ) regagnèrent à pied le campement de leur chef "Hasting" qui prit la décision de venger cet affront. Ils reparurent donc en nombre moins d'une semaine plus tard, et tentèrent plusieurs jours durant, de s'emparer de la ville sans succès, la résistance des habitants fut héroïque et certains narrateurs ont même écrit que Dieu vint en aide aux habitants de Sithiu en frappant de cécité certains envahisseurs ! Toujours est-il que ces barbares décimés, finirent par s’enfuir pour ne plus jamais reparaitre à Sithiu. Ce chef "Hasting" et son armée se réfugia dans la ville côtière de Gand ( 100 kms au nord est de Sithiu ), et, recomposera en 892, une flotte de plus de 80 Langskips dans le but cette fois d'envahir l'Angleterre, mais lors de la traversée en 893 une violente tempête s'abattra sur cette armada, et il disparaitra avec tous ses bateaux en pleine mer.
Sources :
- Jean Derheims "Histoire de Saint-Omer - 1817" pages 68-71.
- Arthur Giry "Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institutions - 1977" .
Création de l'abbaye de Saint-Bertin
Durant la période du haut Moyen Age, ❎ le monastère bas Saint-Bertin s'appelle encore « Sithieu » du nom de la villa Sithiu, édifices bâtis sur une butte calcaire surplombant un territoire marécageux et peu hospitalier irrigué par l'Aa, son rayonnement sur la région attire des populations rurales qui viennent s'installer autour des bâtiments monastiques. Cette butte ou motte castrale est un promontoire circulaire de 6 000 m² qui culmine à 26 mètres d'hauteur (NGF), elle domine la ville de Saint-Omer d'une dizaine de mètres. Cette butte est localisée dans la partie sud du castrum carolingien de Sithiu qui a été l’un des premiers noyaux de peuplement de la ville avec l’abbaye de Saint-Bertin située en contrebas à 700 ml à l'Est . Selon certaines sources, on aurait découvert des traces d'occupation de la période romaine avec des ruines de ce qui aurait pu être une tour d'observation ainsi que les restes d'un temple !. Ce territoire, bien que peu christianisé (car peu romanisé) était sous la protection de l'évêché de Thérouanne. Ce diocèse sera restauré en 630 sous le règne de Dagobert Ier. C'est ce dernier qui donna le siège épiscopal à Audomar, un moine de l'abbaye de Luxeuil fondé par le moine irlandais Colomban au VI ème siècle.. Les terres de Sithiu appartenaient à un homme appelé Adroald et il en fit don à l’évêché de Thérouanne vers 650, probablement pour le salut de son âme ( il est réputé sans héritier et nouvellement converti ). En l'an 634 Audomar fait appel à trois de ses frères de l'abbaye de Luxeuil, Mommelin, Ebertram et Bertin pour fonder une Abbaye sur la terre donnée par Adroald. Ces 3 moines, comme Audomar, connaissent la langue tudesque des Saxons-Frisons et c'est une des raisons de leur nomination dans la région par le roi ( à mettre également en relation avec la bonne réputation du Colombanisme irlandais de l'époque ). L'objectif étant de former un groupe d'évangélisateurs qui l'aidera dans sa tâche.
Les 3 moines fondèrent rapidement un premier monastère sur la commune de l'actuelle Saint-Mommelin, le vetus monasterium ou vieux monastère avec une église dédié à Saint-Pierre et Saint-Paul constructions achevées vers l'an 660. Mommelin est rapidement envoyé à Noyon pour y tenir l’Évêché et Ebertram devint abbé de l'abbaye de Saint-Quentin. C'est ainsi que vers l'an 661 Bertin, désormais seul, décida de fonder un nouveau monastère et, selon la légende, il se laissa porter par les flots et à l’emplacement ou son embarcation accosta, construisit son église. Ainsi fut créée l'église Saint-Martin qui deviendra l'église Saint-Bertin ( l'église de l'abbaye basse ), cette église sera achevée vers l'an 684 et ses bâtiments conventuels seront terminés vers l'an 711. En l'an 663 Audomar demandera qu'une autre église, dédiée à la vierge ( et qui deviendra Notre Dame ), soit édifiée sur la butte de Sithiu cette église sera complétement achevée vers l'an 692, mais les bâtiments conventuels ne seront achevés que 30 ans plus tard. En 663, l’évêque de Thérouanne mettra cette église sous la protection de Bertin. Il y eut donc, dès l'origine, un monastère haut et un monastère bas.
Audomar meurt en 670 et, selon ses dernières volontés, il est enterré dans l'église Notre-Dame. Il recevra plus tard le nom d'Omer, et sera canonisé rapidement sous le nom de saint Omer. L'Audomarois restera l'appellation de la région autour de la ville. Bertin, quant à lui, mourut à 99 ans en 709. Egalement canonisé, il fut inhumé dans l'abbaye qui portera dès lors le nom d'abbaye de Saint-Bertin. L'abbaye bénédictine semble rapidement avoir bénéficié d'une aura incontestable puisque c'est l'endroit qu'a choisi le premier roi de la dynastie carolingienne, Pépin III dit le bref, pour y emprisonner le dernier roi de la dynastie mérovingienne Childéric III en 751 (ce dernier y décédera en 755).
Un siècle plus tard, le premier Comte de Flandre Baudouin 1er dit bras de fer, décide de prendre l'habit monacal à Saint-Bertin et à sa mort, s'y fera inhumer. Ses descendants Baudoin II et III s'y feront également inhumer. A l'instar d'abbayes comme Saint Vaast, Saint Amand, Saint Riquier ou Saint Bavon, l'abbaye de Saint-Bertin deviendra à l'époque Carolingienne une abbaye royale et une des plus influentes du Nord de l'Europe.
Childéric III dernier roi Mérovigien, emprisonné, couronné, destitué puis à nouveau emprisonné à Sithiu de 737 à 751.
A cette époque, toute la moitié sud de la France ainsi que la totalité de l'Espagne étaient wisigothiques. Les Mérovingiens régnaient sur la moitié nord de la France.
Après la mort de Thierry IV, en 737, le maire du palais du royaume d'Austrasie Charles Martel se refuse à installer un descendant de Clovis Ier sur le trône. Pendant sept années, tous les documents officiels Francs seront datés de l'année 737. Charles Martel désire faire traîner les choses le plus longtemps possible jusqu'à ce qu'il se sente suffisamment puissant pour se proclamer roi, mais il meurt en 741 avant d'accomplir ce dessein. L'aristocratie et tous les peuples Francs tiennent en grande estime la dynastie des Mérovingiens. La fronde grandit et c'est dans ce contexte que contraints et forcés ses deux fils, Pépin et Carloman en sont réduits à proclamer un nouveau roi Mérovingien en la personne de Childéric III que Charles Martel avait fait emprisonner à Sithiu en 737 ( actuellement Saint-Omer ).
Childéric III est donc sorti de sa prison et placé sur le trône en mars 743 par Pépin le Bref.
Après huit années de régne le dernier roi Mérovingien Childéric III est détrôné, à la suite d'un coup d'état, orchestré par Pépin alors maire du Palais et Chef des Francs d'Austrasie avec l'aval du Pape Zacharie.
Ramené de force à Sithiu, Childéric III est contraint de se faire moine. En 751 il reçoit la tonsure, qui lui interdit de facto la royauté. Il meurt à l'Abbaye de Saint-Bertin en 755.
Naissance de la dynastie des Carolingiens
La dynastie des
Mérovingiens
s'est brutalement arrétée a
Saint-Omer
en l'an de grâce 751, pour être remplacée par celle des
Carolingiens
.
Saint-Omer est une ville chargée d'histoire, en 751, Sithiu devient la prison du dernier roi mérovingien, Childéric III qui régna de 743 à 751.
Il fut détrôné avec l'aval du Pape Zacharie, suite à un coup d'état orchestré par
Pépin le Bref, qui est sacré roi des Francs
Le 27 juillet 754 dans la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, le pape Étienne II sacre Pépin le Bref. Il lui confère les titres de roi des Francs et de Patrice des Romains (« Patricius Romanorum »).
Les fils et héritiers de Pépin, Carloman et Charles (futur Charlemagne), sont aussi sacrés par la même occasion ( ils succèderont conjointement à leur père quatorze ans plus tard ). Leur mère Berthe, n'est pas oubliée. Elle est bénie par le souverain pontife. Pendant le millénaire qui va suivre, tous les souverains de France vont se réclamer de cette cérémonie et se faire sacrer à leur avènement selon le même rituel.
Naissance d'une dynastie
Pépin III, surnommé le Bref en raison de sa petite taille, est issu d'une puissante famille Franque d'Austrasie (l'Est de la France et de la Belgique). Né à Jupille près de Liège, c'est le fils cadet de Charles Martel, maire ou « majordome » du palais royal et véritable chef des Francs. Ayant réuni les Francs d'entre Loire et Rhin sous son autorité, Charles Martel gouverne en laissant dans l'ombre le roi en titre, lointain descendant de Clovis. Dans les dernières années de sa vie, il ne se soucie d'ailleurs pas de désigner un successeur au roi Thierry IV, lorsque celui-ci vient à mourir. Quand lui-même meurt en 741, ses deux fils Carloman et Pépin le Bref héritent ensemble de la charge de maire et se partagent les territoires francs. Ils font couronner pour la forme un dernier roi mérovingien, Childéric III. Peu après, Carloman renonce au pouvoir et se retire dans un monastère, laissant à son cadet Pépin le Bref la totalité du pouvoir. Les principaux seigneurs de Francie occidentale (la France du nord), qui en ont assez des descendants de Clovis, offrent la couronne à Pépin. Ils le proclament roi des Francs à Soissons, sur le champ de mai (un lieu de réunion communautaire) en 751. L'archevêque de Mayence Boniface, évangélisateur de la Germanie, donne l'onction au nouveau roi en marquant son front avec de l'huile sainte (le Saint-Chrême). Les évêques du royaume confirment l'élection par un couronnement et le pape Zacharie, de Rome, donne son assentiment au changement de dynastie : « Il vaut mieux appeler roi celui qui a plutôt que celui qui n'a pas le pouvoir », dit-il en substance. Le transfert se passe sans effusion de sang. Le malheureux Childéric III est déposé et tondu (il perd les cheveux longs, signe de pouvoir chez les Francs !). Il va finir ses jours au monastère de Saint-Bertin, ou il y mourra en 755...
Il laissa un fils, nommé Thierry, qui fut envoyé au monastère de Fontenelle (Saint-Vandrille), ou il y fut élevé dans l’obscurité.
Les Caroligiens
La dynastie fondée par la famille des Pippinides, règnera sur l’Occident de l'an 750 à l'an 1000.
S'appuyant sur l’Église de Rome, les Carolingiens réussiront à unifier l’Occident chrétien sous le règne de
Charlemagne
, empereur d’Occident en 800. Ils entreprendront de grandes réformes sous Pépin le Bref, poursuivies par Charlemagne, dans les domaines religieux, administratif, législatif et éducatif. Cette véritable mutation de l’Émpire s’appuie sur des lettrés et
savants chrétiens. Nommés à des postes clés, ces savants seront les artisans de la « Renaissance Carolingienne », voulue par Charlemagne, renaissance qui perdurera sous son règne et ceux de son fils Louis le Pieux et de ses petits-fils.
Les successeurs de Charlemagne auront du mal à conserver l’empire dans ses limites, son unité et son intégrité. En transmettant de son vivant son titre d’empereur
à son fils aîné et en le faisant son héritier principal, Louis le Pieux tente de rompre avec la tradition franque de l’héritage (répartition égale du royaume entre les fils),
génératrice de déchirements fratricides. Mais il échouera. Le traité de Verdun (843) partage l’empire entre les petits-fils de Charlemagne et met fin au grand rêve d’unité.
Une brève reconstitution théorique de l’empire apparaîtra sous Charles III le Gros,
qui sera empereur d’Occident quelques années (881-887).
Pour ceux qui sont interressés par l'histoire, vous trouverez un résumé très bien documenté réalisé par Ursula Held ICI
Abbés et Prévôts des deux monastères de Sithiu
Restitution des exercices d'après le "LIBER FLORIDUS"
Nous reprenons les conclusions de l'ouvrage "ABBÉS ET PRÉVÔTS À SITHIU" écrit par Jean-Charles BÉDAGUE ( Membre de la Société académique des antiquaires de la Morinie. École nationale des
chartes ) pour dresser la liste des dirigeants des deux monastères ( haut & bas ) de Sithiu. Dans son ouvrage, Jean-Charles BÉDAGUE décortique les listes du "Liber floridus" du chanoine Lambert de
Saint-Omer [voir Albert Derolez, The Auto-graph Manuscript of the Liber Floridus: A Key to the Encyclopedia of Lambert of Saint-Omer, Turnhout, 1998, 210 p. et 42 p. de pl. (« Corpus christianorum ¢ Autographa Medii Aevi », 4)].
Une première liste "Nomina prelatorum in Sithiu qui rexerunt utrasque ecclesias", en deux colonnes, se trouve au folio 13 du manuscrit autographe de Lambert de Saint-Omer. Cette liste présente quelques ambiguïtés : elle semble
faire de l’ensemble des personnages dont elle donne les noms, les supérieurs des deux églises. Même si on observe une rupture à partir de Fridugise, rien n’indique après lui que certains ne sont que les supérieurs de l’église de Saint-Omer. Or, on sait que c’est le cas au moins depuis Hélecin.
La seconde liste "Nomina abbatum et prepositorum in Sithiu residentium" se trouve aux folio 270v-271, à la fin du manuscrit, après un extrait de la troisième Vie de saint Omer.
Comportant de nombreuses corrections, elle s’intitule « Nomina abbatum et prepositum in Sithiu residentium » (« Noms des abbés et prévôts siégeant à
Sithiu »), donne les abbés de Bertin à Fridugise, évoque la divisio de ce dernier puis donne le nom des supérieurs de Saint-Omer ( sous la forme « ecclesie Sancti Audomari prefuit » ) avec dates et durées d’exercice jusqu’à Otger. D’importants éléments annalistiques y sont insérés.
Enfin, la troisième liste "Nomina abbatum ecclesie Sancti Bertini Sithiu", immédiatement après la précédente au folio 271, est une liste des abbés de Saint-Bertin (« Nomina abbatum ecclesie Sancti Bertini Sithiu ») qui suit en grande partie la succession des abbés que nous font connaître par ailleurs chroniques (notamment Folcuin) et chartes. Elle se contente d’en donner les noms, de Bertin à Lambert (1095-1123).
Pour ceux qui sont interressés par l'histoire, son mémoire fort bien documenté est ICI
Liste des dirigeants des deux monastères ( listes 1 - 2 - 3 )
Il convient de noter qu'après Arnoult, la chronologie ici avancée est en totale contradiction avec les listes qui circulent depuis le XVI ème siècle. La liste communément admise comme officielle est celle-ci
| NOMS | liste 01 du LIBER FLORIDUS | liste 02 du LIBER FLORIDUS | liste 03 du LIBER FLORIDUS | |||
|---|---|---|---|---|---|---|
prévôt | abbé |
début & nombre d'années d'exercice |
début & nombre d'années d'exercice |
nom & nombre d'années d'exercice |
|||
Lambert |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Lambert |
- - - - |
Jean |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Jean |
- - - - |
Héribert |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Héribert |
- - - - |
Bovon |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Bovon |
- - - - |
Roderic |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Roderic |
- - - - |
Henfride |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Henfride |
- - - - |
Otbert |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Otbert |
- - - - |
Trudgaud |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Trudgaud |
- - - - |
Otger |
1117 |
03 années d'exercice |
1117 |
03 années d'exercice |
Gautier |
- - - - |
Arnould |
1073 |
44 années d'exercice |
1074 |
43 années d'exercice |
Baudouin le Beau |
- - - - |
Baudouin d’Aire |
1070 |
03 années d'exercice |
1071 |
03 années d'exercice |
Regenold |
- - - - |
Roger |
1068 |
02 années d'exercice |
1068 |
03 années d'exercice |
Hildebrand |
- - - - |
Folcard |
1059 |
09 années d'exercice |
1060 |
08 années d'exercice |
Guy |
- - - - |
Frumold |
1051 |
08 années d'exercice |
1051 |
09 années d'exercice |
Gérard |
- - - - |
Baudouin |
1037 |
14 années d'exercice |
1036 |
15 années d'exercice |
Arnoul |
- - - - |
Ebroïn |
1023 |
14 années d'exercice |
1023 |
13 années d'exercice |
Adalolf |
- - - - |
Hélecin |
992 |
31 années d'exercice |
1000 |
23 années d'exercice |
Baudouin le Fort |
- - - - |
Vacance |
- - - - |
- - - - |
993 |
07 années d'exercice |
Baudouin le Fort |
- - - - |
Lotmar |
970 |
22 années d'exercice |
975 |
18 années d'exercice |
Raoul |
- - - - |
Vacance |
- - - - |
- - - - |
973 |
02 années d'exercice |
Hilduin |
- - - - |
Alvin |
961 |
09 années d'exercice |
964 |
09 années d'exercice |
Hilduin |
- - - - |
Adélard |
- - - - |
- - - - |
947 |
17 années d'exercice |
Foulques |
- - - - |
Vacance |
- - - - |
- - - - |
867 |
80 années d'exercice |
Foulques |
- - - - |
Hilduin |
934 |
27 années d'exercice |
- - - - |
- - - - |
Hilduin |
- - - - |
Eudes |
910 |
24 années d'exercice |
841 |
26 années d'exercice |
Humfride |
- - - - |
Hugues II |
887 |
23 années d'exercice |
- - - - |
- - - - |
Hugues II |
- - - - |
Adalard |
865 |
22 années d'exercice |
- - - - |
- - - - |
Adalard |
- - - - |
Hugues Ier |
845 |
20 années d'exercice |
829 |
12 années d'exercice |
Hugues Ier |
- - - - |
Fridugise |
831 |
14 années d'exercice |
- - - - |
- - - - |
Fridugise |
- - - - |
Nanthaire |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Nanthaire |
- - - - |
Odland |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Odland |
- - - - |
Hardrad |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Hardrad |
- - - - |
Dadbert |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Dadbert |
- - - - |
Nanthaire |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Nanthaire |
- - - - |
Waimar |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Waimar |
- - - - |
Erkembode |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Erkembode |
- - - - |
Erlefride |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Erlefride |
- - - - |
Rigobert |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Rigobert |
- - - - |
Bertin |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
- - - - |
Bertin |
- - - - |
Les hopitaux de Saint-Omer
ontrairement aux idées reçues, les hôpitaux étaient nombreux à Saint-Omer au moyen âge central, car Saint-Omer était une grande ville, et la population déjà nombreuse ( 35 000 habitants en 1300 selon "Alain Derville" ) impliquait une politique sanitaire adéquate afin de ne pas disparaitre à cause des épidémies. Ces hôpitaux étaient tous privés, et échappaient donc à toute ingérence
des magistrats municipaux.
Nous en citerons quelques-uns :
"l'hôpital du Soleil", situé hors de la porte du Haut-Pont, doté par la famille de Sainte-Aldegonde, et, qui existait avant 1330.
"l'hôpital de saint Jean-Baptiste", situé dans la Litte-rue, fondé en 1408 par les héritiers de Jean de Wissocq, et, qui avait pour but de recevoir, coucher, heberger et nourrir les pauvres.
"l'escoterie", hôpital très ancien, situé rue du Brûle, qui appartint d'abord au chapitre, et fut administré sous sa direction. Il recevait des vieillards, des malades et des voyageurs.
Au XV ème siècle, il était, comme les autres hôpitaux, entièrement administré par l'échevinage, dont il reçut un règlement en 1417. A cette époque, la ville y entretenait, pour le service des malades, huit femmes non mariées, laïques, et quatre servantes qui devaient être bourgeoises ou filles de bourgeois. On y réunit, en 1427, "l'hôpital Saint-Louis", dit du Cheval d'or, ancien hôpital fondé au XIII ème siècle, qui était situé tout proche. La conduite des femmes qui soignaient les malades de l'Escoterie laissant à désirer, l'échevinage les remplaça à cette époque par les soeurs de "l'hôpital Saint-Louis".
"l'hôpital des pestiférés" tenu par les Alexiens ( Cellebroeders ).
"l'hôpital des vieillards" de la Litte-rue ainsi que "les Bleuets" une maison de charité pour les orphelins furent construite plus tard.
Les institutions de bienfaisance de Saint-Omer
cette époque, en plus des hôpitaux, il y avait à Saint-Omer, dès le XIII ème siècle, annexées à chaque paroisse, des institutions de bienfaisance. C'étaient les Tables des pauvres, des paroisses de Saint-Michel, de Saint-Denis et de Sainte-Aldegonde. Le Chapitre contribuait également au fonctionnement des tables des pauvres de Saint-Denis et de Sainte-Aldegonde. Le fonctionnement de ces institution était simple, on y cuisait des aliments qu'on distribuait aux pauvres, on leur donnait des vêtements et d'autres choses encore. Ils étaient commandés chacun par trois administrateurs annuels ( appelés tabliers ). L'échevinage apportait quelquefois de l'aide à ces institutions, et nous le constatons lorsque en 1228, d'un commun accord avec le Chapitre, il renonça aux droits contestés entre eux sur une
maison, pour les abandonner à la table des pauvres de Saint-Denis et de Sainte-Aldegonde.
Il nous est parvenu un cueilloir du XIII ème siècle de la table des pauvres de la paroisse Saint-Michel, mais comme il contient seulement des listes de redevances et rentes, nous ne pouvons constater qu'une chose : ces institutions étaient riches et populaires. Les comptes de la table des pauvres du Chapitre conservés dans ses archives ne
commenceront à être consignés qu'au XV ème siècle.
On voit combien était restreint le rôle de l'administration municipale dans l'assistance publique avant le XV ème siècle, tout changera dès le milieu du XV ème siècle ou il sera responsable du gouvernement de la plupart des hôpitaux.
Pour résumer jusqu'au XV ème siècle la charité s'exerçait par l'initiative privée et par les établissements religieux même si parfois, et de façon ponctuelle l'échevinage
attribuait une somme d'argent aux institutions de bienfaisance.
La Gilde de Saint-Omer
es associations étaient familières aux peuples germaniques, elles agrandissaient le cercle de la famille en agrégeant de nouveaux amis, garants au besoin du 'wergeld', pour résister aux
violences et aux exactions, pour se garantir réciproquement leurs propriétés ou l'exercice de leur profession. Les Germains renforçaient, par ces associations ( constituées sous serment ), les liens de voisinage qui existaient entre eux mais qui ne leur semblaient pas suffisants. Chaque membre de ces associations payait une cotisation, qui étaient généralement placées sous le patronage d'un saint ou d'un personnage
puissant. Elles réunissaient leurs membres dans des banquets communs, et, étaient connues sous le nom de Gildes. Des sociétés de ce genre proposaient toutes sortes de garanties : assurances contre le naufrage ou l'incendie, secours mutuels ou de charité.
Les archives qui nous sont parvenues prouvent que leurs organisations, étaient remarquables.
Il n'est point besoin de rappeler les interdictions dont elles furent l'objet de la part des institutions laïques et ecclésiastiques, qui percevaient
dans ces réunions des conspirations, de la débauche, du brigandage etc.
Les associations de marchands adoptèrent donc naturellement les structures des gildes, et c'est en qualité d'associations commerciales
que les Gildes exercérent une grande influence sur la création et l'organisation des communes.
Dès l'année 1 001, les statuts de l'association des négociants de Cambrai étaient reconnus par l'empereur Othon III.
Alors qu'ils étaient encore sous la domination de l'abbaye, les marchands de Saint-Omer ont formé une association de ce type, semblable, par
exemple, à la confrérie de Saint-Eucher, qui réunissait au milieu du XI ème siècle les serviteurs de l'abbaye de Saint-Trond. Il n'est pas fait mention dans l'acte de fondation de cette confrérie d'un but commercial, mais une charte de 1 111 nous indique que les boulangers, les brasseurs, les cordonniers et les marchands de Saint-Trond étaient sous la domination du monastère, et conséquemment
il n'est pas sot de croire qu'ils devaient en faire partie.
C'est de cette charité qu'est sortie la commune d'Arras. C'est encore sous le même nom de charité que
nous voyons les tarifs de péage de Bapaume, au XIII ème siècle, appliquer à la Gilde de Saint-Omer, conformément a l'article 5 de la
charte de 1127, les mêmes privilèges qu'à la charité d'Arras.
Nous sommes donc fondés à croire que cette Gilde ou charité de Saint-Omer, qui devint la commune, avait été à l'origine une
association tributaire de l'abbaye comme celle d'Arras.
La perception des droits du marché qui se tenait chaque semaine à Saint-Omer, dès la fin du IX ème siècle, et la possession immémoriale du tonlieu, c'est-à-dire du principal revenu du
commerce de Saint-Omer, par les deux églises de Saint-Omer et de Saint-Bertin, me semblent des indices de plus qu'à l'origine
le commerce entier de la ville avait dû relever en quelque sorte des deux monastères.
Les plus anciennes Gildes d'artisans, tant en Flandre que chez les peuples germaniques, ont une origine analogue. Ce sont les sociétés d'artisans faisant partie de la famille du seigneur laïque ou ecclésiastique, travaillant pour lui sous la direction d'un ministerialis ou officier seigneurial qui les ont les premiers formées.
Quant à la transformation de la Gilde en association municipale, elle est effective dès lors que les échevins en deviennent les administrateurs, comme la Gilde des marchands d'Arras.
Le 21 février 1164-65, c'est encore aux membres de la Gilde de Saint-Omer que le comte confirme des franchises à Gravelines. Au milieu du XIII ème siècle, la Gilde existait encore à l'état
de corporation. En 1282, le comte Guy de Dampierre, interprétant les chartes qui réglaient la situation à Gravelines des membres de la Gilde de Saint-Omer, dont certaines dispositions étaient
floues, traduit ainsi en roman celle relative à la gilde : "Tout chil ont leur ghylde et à ychela appartiennent" et, dans ses commentaires, l'interprète comme s'il s'agissait de tous les bourgeois de Saint-Omer.
La Hanse de Saint-Omer
u contraire de la gilde, la hanse de Saint-Omer est une association exclusivement commerciale qui se forma plus tard, sans pouvoir en préciser l'époque ( il existe encore un registre de la hanse qui commence en 1244 et finit en 1368 ). En tête, figure son règlement. La hanse avait dans la ville le monopole du commerce avec l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, et les contrées au delà de la Somme. Chaque confrère, pour faire partie de la hanse, devait payer une somme qui variait selon que le nouveau confrère était ou non fils d'un membre de la hanse. Pour diriger l'association, un magistrat que le règlement nomme doyen, mais que les autres documents appellent maieur. A partir de 1319, on trouve chaque année la mention de deux « maieur de le hanse », dans les registres au renouvellement de la loi. L'administration financière de la hanse était confiée à des receveurs nommés chaque année, il y avait en outre des sergents des maieurs des marchands. A son entrée dans la hanse, chaque membre devait prêter serment de se conformer au règlement et principalement de ne point faire "manouvrage de ses mains et abrokerie et regraterie". Les membres devaient avoir leur résidence à Saint-Omer, on le voit par les mentions d'exclusion que contient le registre, par exemple, en 1269, deux noms sont effacés avec la mention : "Por che k'il a la manoir heurs de le vile". Parmi les 550 noms qui s'y trouvent inscrits au fur et à mesure de leur admission on remarque beaucoup d'Anglais et d'Ecossais, en 1367, un Génois : " Angelin de Ducs de le rivière de Genneve". L'exclusion n'était pas la seule peine que prononçait la hanse contre ses membres, les infractions aux règlements étaient souvent punies d'amendes. La matrice du sceau de la hanse, du XIII ème siècle, est conservée au musée de Saint-Omer. Elle représente le patron de la ville avec la légende : S'MERCATORVM BEATI AVDOMARI. Les bans municipaux de la fin du XIII ème siècle montrent que le monopole attribué à la hanse et l'exclusion des artisans étaient reconnus officiellement. C'était par cette hanse particulière que la ville de Saint-Omer était l'une des dix-sept villes ( ce chiffre est encore de nos jours sujet à caution de la part des historiens ) dont se composait primitivement la compagnie de commerce connue sous le nom de Hanse Flamande de Londres qui avait le privilège du commerce avec l'Angleterre. On est frappé de la ressemblance qu'offrent les règlements des deux associations, et, du reste, les statuts français de la hanse de Londres portent que personne ne peut y être associé "se il n'a gaaignié sa conflarie dans la vile où il est manant i marc d'or ou « X mars d'estrelins."
Malgré les privilèges énormes que ces compagnies de commerce s'étaient attribués, elles dépendaient encore des échevins pour l'organisation, la réglementation et la
police du commerce dans la ville. Non seulement les échevins établissaient l'assise, nommaient les receveurs des droits d'étal et les courtiers, commettaient les priseurs, mais encore ils réglementaient
jusque dans ses détails tout le commerce, inspectaient et vérifiaient eux-mêmes les marchandises. A cette époque, le but des règlements municipaux, est d'empêcher la spéculation sur les marchandises, c'est du moins ainsi qu'il convient d'interprèter les nombreux règlements interdisant de revendre des marchandises qu'on vient d'acheter, avant de les avoir emmagasinées. La Gilde-Halle, dont on voit le symbole sur le sceau municipal, était donc également le lieu de réunion des marchands, elle contenait les hangars où ils emmagasinaient leurs marchandises et les étaux où ils les vendaient. D'après les chartes de concession du terrain par le comte, en 1151 et en 1157, toutes espèces de marchandises se vendaient dans la Gilde-Halle. Elle était néanmoins devenue dès cette époque trop petite, puisqu'on y avait ajouté des dépendances. Nous savons que celles-ci ne furent donnés à la ville qu'en 1212, par le fils de Philippe-Auguste. Les marchands étrangers ne pouvaient exposer et vendre que dans la Gilde-Halle, dans ses dépendances ou sur la place du marché, la grande place actuelle de Saint-Omer qui s'étendait devant l'hôtel de ville. Les bourgeois seuls avaient le droit de vendre dans leurs maisons. Ces dispositions se retrouvent dans les règlements municipaux de la fin du XIII ème siècle, et même avec des restrictions au droit que la charte de 1151 laissait aux bourgeois de tenir étal dans leurs maisons. On défend par exemple aux marchands d'acheter des saies dans les maisons des saieurs ( les saies ne se peuvent vendre qu'en halle ). Les jours de marché, les chausses ne se pouvaient vendre qu'en halle. Les mercredis et les samedis les merciers ne pouvaient tenir étal qu'en halle. Ces prescriptions devenaient obsessionnelles, car, en 1282, Robert comte d'Artois, fit une ordonnance pour prescrire à tous les marchands de n'exposer en vente des marchandises, de ne faire acte de commerce, que dans les halles communes, ne faisant d'exception que pour les comestibles au détail et la viande de boucherie.
La halle principale, la Gilde-Halle, suffisait avec ses dépendances à contenir les étaux de tous les marchands qui commerçaient à Saint-Omer, mais avec le temps elle devint
trop petite, et l'on voit mentionnées dans les textes du XIII ème et XIV ème siècle l'ajout de halles spéciales.
Une charte de Philippe d'Alsace, en date de 1174, concède à son chancelier pour sa vie durant : "domwm meam in qua lana venditur apud Sanctum Audomarum". Il s'agit peut-être de la création d'une halle spéciale où, dès cette époque, se serait fait le commerce des laines. La halle de la boucherie, située sur le grand marché, mentionnée
au XIV ème siècle, devait être restée dans l'ancienne Gilde-Halle, abandonnée en 1176 à Guillaume de Malines, fermier à cette époque.
La halle au pain est mentionnée à la fin du XIII ème siècle. La halle aux cauches, "liquel siet au bout de Vakestraet si c'on va dou marché en le Liste-rue", fut vendue à la ville, en
1268, par Guillaume de Boulogne, héritier de Jean de Boulogne, auquel elle avait jusqu'alors appartenu. Les règlements lui donnent encore à la fin du XIII ème siècle le nom de "Hale Jehan de
Boiloigne". Il semble qu'elle était déjà condamnée au commencement de l'année 1302, époque à laquelle la ville acquiert de « Jehan de le Hale » une masure et « une maisonchele séant en
"le vakestraet", pour construire une hale pour vendre cauches elle ne fut cependant démolie qu'en 1381 pour élargir la Litte-rue.
La Halle aux merciers est mentionnée au XIII ème siècle. Le 14 septembre 1341 et le 22 avril 1348, l'échevinage y siége, pour recevoir des amendes honorables. Au début
du XV ème siècle, c'était le siège de tous les tribunaux de Vierscaires. La Halle des Viesiers est aussi mentionnée dans les règlements
de l'échevinage de la fin du XIII ème siècle. En dépit de son nom, on y exposait les « grans draps » pendant les franches foires.
Les emplacements ou étaux qu'occupaient les marchands dans les halles leur étaient loués et constituaient un revenu. En 1176, les étaux de boucherie ( macellos, videlicet stallos ubi venduntur
carnes ), étaient inféodés au prévôt de Watten, qui en afferma sept ( de melioribus quos habuit ) à Guillaume de Malines, moyennant un cens annuel de trois marcs d'argent. A la même
époque, les bourgeois abandonnaient au même Guillaume de Malines toute l'ancienne Gilde-Halle, à condition qu'il les déchargeât d'un service féodal. C'était bien celle qui contenait les
boucheries, car, en décembre 1201, Baudouin deConstantinople la concéda en fief avec ses étaux de bouchers à l'un des plus riches bourgeois de la ville, Florent de Saint-Omer. En 1212, le fils
de Philippe-Auguste renouvela cette concession. Selon cette dernière charte, la vieille Gilde-Halle donnait par an un revenu de quatre marcs, et les étaux de
boucherie un revenu de trois marcs, c'était le fermage que payait déjà en 1176, pour ses sept étaux, Guillaume de Malines. Le droit d'étal à la halle payé par les cordonniers appartenait
au châtelain, ceux qui étaient bourgeois de Saint-Omer payaient trois deniers, les étrangers cinq deniers. En janvier 1274, le châtelain inféoda ces perceptions à un bourgeois de Saint-Omer,
"Lambert Wolveric". En général, les marchands payaient leur place le dimanche pour la semaine, mais devaient s'engager pour toute l'année. Les échevins avaient le tarif de location des étaux qui leur
appartenaient et faisaient faire les perceptions par des fonctionnaires spéciaux. Faute de paiement, les marchands étaient bannis un an et un jour et s'ils rentraient avant l'expiration de leur temps,
mis au pilori. Les machecliers payaient leurs étaux entre quatorze et seize deniers par semaine, selon la position qu'ils occupaient. Chaque marchand n'avait pas le droit d'occuper autant
de place qu'il le voulait, ainsi, un règlement stipule que celui qui n'a à exposer en vente que quatre pièces de draps n'a droit qu'à un étal. La police des halles était faite par des gardiens nommés
par l'échevinage.
Saint-Omer la grande
insi donc, au XII ème siècle, il existait deux ligues hanséatiques dans le Comté de Flandre. Celle de Gand qui commerçait en Rhénanie, et celle de Saint-Omer qui commerçait avec l'Angleterre et le royaume Franc. Les villes qui étaient affiliées à la Ligue hanséatique Flamande de Londres étaient : Bruges, Ypres, Diksmuide, Aardenburg, Lille, Oudenburg, Oostburg, Damme, Torhout, Furnes, Tournai, Orchies, Bailleul, Poperinge, Saint-Omer et Bergues. Encore convient-il de souligner que les historiens ne sont pas d'accord entre eux sur le nombre de villes qui composaient cette Hanse. Saint-Omer au moyen-âge central était donc une grande ville en pleine expansion grâce au commerce. Cette ville comptait 35 000 habitants en 1350 ( source : Alain Derville : "Le nombre d'habitants des villes de l'Artois et de la Flandre Wallonne (1300-1450)" / Revue du Nord Année 1983 257 pp. 277-299 ), et à titre de comparaison, au même moment Paris comptait moins de 200 000 habitants. Saint-Omer qui commerçait avec l'Angleterre, ne se limitait pas aux activités de la Hanse de Londres, car, sur les marchés de la ville, certains marchands des villes de Gênes, du Saint Empire Germanique et du Danemark y étaient présents. Cette ville qui était devenue un carrefour commercial incontournable dans le nord, promise à un bel avenir, aurait sans nul doute pris beaucoup plus d'importance encore, si au printemps 1349, la Peste ne l'avait pas dévastée. Il faut noter cependant que toutes les villes Flamandes ne furent pas impactées de la même manière par ce fléau, en effet Bruges fut totalement épargnée de la peste grâce à une politique sanitaire accrue, et à un isolement total pendant une année. En 1400 Saint-Omer ne comptait plus que 10 000 habitants. Il faudra deux siècles pour que Saint-Omer retrouve une partie de son lustre.
Le Marais de Saint-Omer
éographiquement , le marais de Saint-Omer fait partie de la dépression pré-artésienne. C’est une cuvette de près de 4 000 ha. Limitée au sud-ouest par la retombée crayeuse de l’Artois, au nord-est par les collines argileuses de la Flandre. Il correspond au cours moyen de l'Aa dont il constitue le bassin de décantation, entre Arques au sud, où débouche une rivière aux eaux rapides et chargées d'alluvions, et le goulet de Watten au nord, au-delà duquel s'étale, dans la plaine maritime. le delta du bas Aa. Son altitude est très basse : sur la carte on peut le délimiter commodément par la courbe des 5 mètres, ou même des 2,50 m. et les points les plus bas ne sont pas à plus de 1,50 m. alors qu'on se trouve ici à 25 kilomètres de la mer. Ces conditions expliquent et l'abondance de l'eau et celle des alluvions, qui font de ce marais une zone naturellement amphibie.
Inondations périodiques
Explication des inondations périodiques, comme celles de 1894, de 1974 ou de 1975 :
les géographes invoquent cinq facteurs : la topographie en cuvette, la rupture de pente très nette à l'amont et l'étranglement à l'aval , la faible dénivellation par rapport à la mer et la proximité du plan d'eau par rapport au sol. De fait l'Artois déverse ici, par l'Aa principalement, mais aussi par les sources puissantes que vomit la craie et par le ruissellement sauvage de ses orages, des eaux qui ne s'évacuent que trop lentement. A cela s'ajoutent les servitudes de la navigation, c'est· à·dire que le réseau hydrographique actuel a été tracé par l'homme plus en fonction des besoins du marinier que de ceux du maraîcher ou de l'éleveur . Mais l'Artois déverse aussi ici ses vases et ses limons fertiliseurs. Sur la rive artésienne la tourbe est recouverte d'une couche épaisse d'alluvions, ce qui permet au géographe de distinguer un marais haut, qui manque d'eau, où l'eau est trop profonde, où les watergangs s’envasent, et un marais bas, au nord et à l'est, qui souffre d'un excès d'eau. Et de déplorer le manque de maîtrise des eaux, sans compter les autres menaces qui, de nos jours, pèsent sur ce joyau naturel, l'abaisse· ment du plan d'eau consécutif à des pompages excessifs, la pollution galopante des eaux, l’implantation anarchique des résidences secondaires etc...
Au-delà de la situation actuelle il faut reconstituer l'image du marais à l'époque préindustrielle. Otons d'abord la pollution, qui est toute récente. Voici des eaux foisonnantes de vie. Otons aussi la voie ferrée qu'on a jetée à travers les marais, désorganisant en bien des endroits le réseau hydraulique aménagé par l'homme pendant des siècles. Otons ensuite le canal à grande section ( 1 350 tonnes ) qui court droit depuis Arques pendant 1 km au nord de Saint-Omer et mème le canal du XVIII ème siècle reliant Arques à Saint-Omer qui, eux aussi, ont anémié, sclérosé, mortifié certains chenaux. Du coup nous relevons le plan d'eau, nous inondons le marais bas, nous le rendons à sa vocation de pâturage maigre ; quant au marais haut, nous lui rendons assez d'eau pour qu'on comprenne que les maraî chers l'aient aménagé. Otons enfin l'emprise des résidences seconda ires, et ces nombreux étangs privés aménagés récemment pour la chasse et la pêche, ôtons surtout l'emprise agricole et reconstituons par la pensée les vastes pâturages communaux aliénés après 1789 qui se traduisent sur la carte actuelle par un parcellaire régulier, géométrique, orthogonal. Que reste-t-il ?
D'abord un marais double : vers le sud, en arc-de-cercle autour de Saint-Omer, quatre marais, le Westbroucq, le Nortbroucq, l'Ostbroucq, le Zutbroucq, comquis par le louchet du maraicher, soit un puzzle de parcelles irrégulières assemblées au hasard des entreprises individuelles, irrigué par un réseau qui défie la logique et la description : c'est le marais haut des géographes dont on ne sait s'il doit sa hauteur davantage à l'alluvionnement naturel ou au labeur séculaire qui a entassé sur chacune de ces "terres mareskes", par centaines, des "navées de terre". Au-delà, ce que les Audomarois appellaient leurs "communes", c'est· à-dire leurs pâtures communales, Westwede, Nordwede, Ostwede, pâtures réservées, au gré de la réglementation échevinale, soit à la fauche, soit au pâturage de tels ou tels bestiaux. Le reste du marais, qui appartenait à d'autres communautés, servait aussi au pâturage. L'activité maraîchère était audomaroise ; elle était le fait des trois "vinages" du Haut-Pont, de la Fresque Pissonnerie et de l'Ysel accrochés au flanc nord-est de la ville comme trois organismes indépendants.
Ensuite un réseau hydraulique artificiel. On cherche en vain le cours de l'Aa : à partir d'Arques les eaux se perdaient dans un lacis confus, sinon que deux canaux la Haute et la Basse Meldicq, dont le nom ( fossé du moulin ) dit assez l’origine, reliaient Arques à Saint-Omer. l'un servant de canal de fuite aux moulins d’Arques, l’autre de canal d'amenée à ceux de Saint-Bertin. Vers l'aval, c'est plus net : on peut distinguer deux grands collecteurs comme, sur la rive flamande, la rivière de Bonneghem et le Moerlake ou, sur la rive artésienne, le Grand Large qui coupe toutes les petites rivières descendues ou nées de la craie et, sous des noms divers ( Nardstroem, Oude A, Reningue), finit par gagner le goulet de Watten. On peut encore distinguer des collecteurs secondaires : ainsi la vaste digitation du Schoubrouck est drainée par trois canaux maitres dont l'un est au creux de la gouttière et les deux autres sur les deux rives, franchissant parfois la courbe des cinq mètres. Manifestement de telles rivières ne peuvent avoir été créées par la nature. Or il en est de même pour la plupart des grands collecteurs du marais : ils sont indifférents aux courbes de niveau. Ainsi le collecteur du sud-ouest partait des moulins d'Arques, entrait dans Saint-Omer en "gravissant" la courbe des cinq mètres, contournait la butte audomaroise en suivant à peu près cette même courbe (rivière d’Arbostade) puis sortait de la ville ( Nardstroem, Grand Large). la franchissait encore au moins à deux reprises, en particulier pour trancher les dernières pentes de l’éperon de Serques. Il n’en allait pas autrement des deux autres rivières qui sortaient des waterportes audomaroises et que la ville faisait régulièrement curer - et pour cause - . L’une, celle du Haut-Pont, était au début du XVII ème siècle tellement obstruée de coulins que les barques devaient utiliser l'"ancienne rivière" et l'autre, la rivière de l'Ysel, a disparu récemment sans la moindre perturbation du drainage ; faute de curage elle n'était plus, vers 11950, qu'un fond de vase malodorant. De fait les textes du XVIII ème siècle disent clairement qu'afin d'y retenir l'eau qui tendait à s'échapper vers le centre de la cuvette on avait dû la barrer d'un overdraghe . Ces voies dont dépendaient le drainage du marais et, surtout, la respiration de la ville ont donc èté créées par l’homme. Au-delà de cette anatomie du marais à l'époque préindustrielle, les textes nous permettent d'imaginer les pulsations de sa vie. Il faut bien voir, d'abord, que l'Artois regorgeait d'eau. Chaque hiver toutes les vallées étaient menacées par l'inondation : à Coulomby les puits vomissaient l'eau, à Ecques l'église "se trouvait au milieu de l'eau pendant les saisons pluvieuses". Tout ce réseau du Haut Aa aurait dû en être préservé par sa pente, mais il semble que les barrages des mou lins et les chausses freinaient l'écoulement, les ponts aussi, q u'il fallait parfois rompte. Peut-être aussi, moins épuisées par les pompages, les nappes phréatiques se rêvélaient·elles incapables d'absorber les gros apports hivernaux. Aux portes mêmes de Saint-Omer que d'eaux courant dans les ruisseaux et les viviers ! Orages et grosses averses fonte des neiges et dégel voyaient les "eaux sauvages et coulineuses" emplir le moindre thalweg, renverser les maisons, combler les biefs des moulins et jusqu'aux fossés de la ville. Et de nos jours encore la télévision a fait ses choux gras de l'orage du 15 mai 1976 qui a noyé Wizernes jusqu'à la hauteur du premier étage des maisons.
Histoire récente
Ces masses d'eau et de limon dévalaient vers le marais, en crues fertilisatrices. La normalité c'était la nappe d'eau qui, chaque hiver s'étendait de Saint·Omer à Gravelines, surpassant les digues "de plus de trois pieds". Quand il gelait on pouvait patiner "de Saint-Omer à Watten". Que de soucis pour la ville, l'inondation hivernale compromettait la défense de la ville, car l'ennemi pouvait approcher en bateau, à moins qu'elle ne permit le salut de la ville, comme en 1638 où il suffit aux Espagnols de barrer le détroit de Watten par une digue hâtive pour relever le plan d'eau du marais et permettre à une flottille de secours d'atteindre la ville assiégée en naviguant par-dessus les digues. De même l'entretien des pâtures communes réclamait des soins incessants : l'eau des rivières, qui, s'exhaussant sur leurs alluvions, coulaient au-dessus de ce petit polder. S’infiltrait par les trous de taupes ; pour la "purgier" il aurait fallu des moulins mais on n’osait ni "fouir" ni "touchier au Pillotich ... pour doubte des sources d'eawe". Travail de Sisyphe ! C'est l'évacuation des eaux vers la mer qu'il aurait fallu pouvoir assurer. Or de 1350 à 1720, d’innombrables textes disent que les rivières n'y suffisaient plus : elles étaient toutes "atterries de coulich" 16. Négligences dues aux guerres. Avant 1350 il semble que la ville ait soigneusement fait "bacquier les rivières a vif fonds (pour) les mettre à claire eau". Mais cela ne suffisait pas car même après les grands travaux de 1875·1880, qui doublèrent la section du canal, on vit encore, en 1894, le marais recouvert par un mètre d'eau.
Histoire médièvale
Le XIII ème siècle ne pouvait espérer faire mieux : freinées par le gué de Watten, les "eaux coulineuses" avaient tout loisir d'alluvionner le cours des rivières qu'il faudrait ensuite "retenir net" et "purgier des eslavaisses" avec les pauvres moyens techniques du temps. Telle était donc la situation normale à l'époque préindustrielle, celle même que, de nos jours, reconstituent certains hivers par trop humides. Encore faut-il redire que ce tableau calamiteux, en vigueur du XII ème au XIX ème siècle, présuppose l'aménagement d'un réseau de canaux capable d'évacuer, tant bien que mal, ces inépuisables nappes d'eau. Au-delà il faut tenter d'imaginer un troisième paysage, celui du Haut Moyen-âge, de I‘Antiquité, de la Préhistoire, avant tout effort de l'homme pour séparer les eaux des terres, comme le Créateur au troisième jour.
Pour reconstituer l'état primitif du marais on ne peut se servir ni de la carte ni de la toponymie. L'hydrographie naturelle ne peut que se déduire des conditions naturelles. L'essentiel des eaux venait du Haut Aa ; à partir d'Arques la brusque rupture de pente a entraîné la formation d'un vaste cône d'alluvions grossières ; sans doute divisé en plusieurs branches, l’Aa devait courir droit vers le nord, vers l'ombilic du marais, la Meere, dont le nom dit bien que là devait s'étendre une nappe d'eau jamais asséchée. De là les eaux gagnaient le défilé de Watten en longeant la côte flamande qu'elles ont d'ailleurs manifestement rongée. D'ailleurs le vaste glacis artésien déversait dans la cuvette une masse d’eau infiniment supérieure à celle qui provenait du court talus flamand. Cet afflux artésien a contribué à repousser contre la rive flamande le chenal principal ; la rivière de Serques a dû faire ce que font encore, plus au nord, la Paclose, la Liette et la rivière de Houle, dont l'ancien cours, bien atrophié, se devine encore sur les cartes. Ces rivières naturelles étaient encore les seules au début du XII ème siècle ; elles ont alors servi à délimiter des terroirs dont l’homme commençait à prendre la mesure. Un courant assez vif longea it donc la rive flamande ; ainsi s'explique l'importance de points d'accostage comme Watten ou Saint-Momelin où avaient pris terre, tout naturellement, les
premiers missionnaires. En revanche la butte de Sithiu, où devait se développer la ville de Saint-Omer, n'était nullement un rivage. La ville a dû créer de toutes pièces ses débouchés fluviaux et c'est bien cette volonté qui a remodelé toute l’hydrographie du marais. Les premières retouches apportées par l'homme à cette nature rebelle doivent être mises à l'actif des grands abbés carolingiens. Odland (798 805) cons truisit les moulins d'Arques, objet, vers 960, de l’admiration de Folquin. Le canal de fuite s’en devine aisément : c’était la Basse Meldicq.
Elle a disparu sans presque laisser de traces, victime au XVIII ème siècle de la création du
canal de 300 tonnes, mais on peut la reconstituer aisément : elle coupait transversalement la gouttière du Zutbroucq, coupait aussi les dernières pentes de la butte de Sithiu, entrait en ville par une waterporte, isolée des fossés par deux batardeaux ; elle longeait par le nord les murs de Saint-Bertin y subissant une chute qui fit souvent mouvoir les moulins ; vers 1300 on l'appelait "le viès A". Ses eaux
devaient ensuite rejoindre l'ombilic de la Meere par un cours que les fortifications modernes ont fait disparaître ; seuls les plans anciens indiquent l’amorce de cet écoulement qui coupa it la rivière de l'Ysel, où un overdraghe interdisait la fuite des eaux vers le marais, et filait vers le nord en direction des bas-fonds où coule, entre autres, ce puissant Stakelwaert qui délimitait les paroisses de Saint-Martin et de Sainte-Marguerite. Cours très ancien donc. Cela suffit-il pour en attribuer le tracé aux grands abbés carolingiens ? Folquin n'en dit rien. Il est vrai qu'il n'a rappelé l'érection des moulins d'Arques que pour introduire le monopole banal qu'Odland aurait alors édicté. En fait l'itinéraire Petite Meldicq, Viès A, Stakelwaert, Meere est presque postulé par la breviatio d'Adalhard : le bois qui venait de la forêt de Ruhout (Clairmarais) devait certainement atteindre l'abbaye par voie d'eau et c'est aussi le long de cet axe que se trouvaient des possessions bertiniennes, le vivier de la Meere et, sans doute, quelques-uns des manses qu’en 850 les moines avaient in marisco. Seuls enfin de tels travaux permettent de comprendre que, dès le IX ème ou le X ème siècle l'abbaye de Saint-Bertin ait pu être dite "sur I'Aa".
Puis, pendant deux siècles, c’est l’obscurité. Le marais, c'étaient des terres vagues et amphibies. Chacun pouvait y revendiquer quelque droit, les moines et les chanoines en vertu de donations faites "à saint Bertin en personne". leurs sujets des villae riveraines à titre d'usagers, le comte comme détenteur de la puissance royale, le châtelain et ses hommes à raison de leurs fiefs et, naturellement, les bourgeois, tous usagers de cette nature vierge, pêcheurs, chasseurs, faucheurs, tourbiers. Droits non revendiqués, ni contestés, ni délimités. Les usurpations n'ont certes pas manqué aux X ème et Xl ème siècles, mais elles visèrent la terre faite plus que la terre à faire. De marais à conquérir il y avait à suffisance pour chacun. Oui s'en souciait ? Seul le labeur opiniâtre mais obscur des maraîchers dut alors commencer à constituer, à partir de la terre ferme, cette ceinture de "terres maresques"
qui a fini par ne plus laisser au marais que le centre de la cuvette. De ce labeur on ignore tout, mais il devait être assez avancé au milieu du XI ème siècle pour qu'on éprouvât le besoin d'affirmer des prétentions sur les eaux et sur les herbes du marais.
Les premiers signes d'intérêt pour le marais apparaissent après 1050. L'initiative est peut-être venue de ces grands administrateurs que furent les abbés de Saint-Bertin Bovon (1043-1065). Héribert (1065-1081), Jean (1081-1095) et Lambert (1095-1124). Mais on n'en sait pas grand-chose sinon que Lambert construisit les moulins de Saint-Bertin, c'est-à-dire qu'il amena d'Arques, entre deux hautes digues qui subsistent encore, les eaux de la Haute Meldicq. Apparemment nul ne s’opposa à cet endiguement égoïste qui condamnait le Zutbroucq à l'innondation : de ce côté les droits de l'abbaye sur le marais étaient intacts.
11 n'en était pas de même plus au nord. On sait qu'après la destruction de la ville en 1070 le comte Robert le Frison fit don à ses fidèles Audomarois de pâtures in paludibus et ailleurs, en particulier, dans le Zutbroucq, la pâture aux cochons ( Zwinart). Le chroniqueur bertinien, qui s'est plaint amèrement de la perte du Zwinart, n'a pas eu un mot pour le reste. Il faut donc croire que les "communes de Saint-Omer» étaient alors une possession incontestée du comte ou que celui-ci les avaient reprises sur le châtelain rebelle. C'est contre d'autres usurpateurs, l'avoué en particulier, que les moines durent défendre leurs marais. Ils obtinrent raison grâce à des chartes de Baudouin V (1056) et de Robert Ier (1093) que l'on a dites falsifiées mais qui n’en donnent pas moins une image tout à fait acceptable des possessions de Saint-Bertin : les limites qu'elles indiquent correspondent sur plus d'un point avec celles que révèlent les documents postérieurs et elles s'appuient correctement sur la limite des pâtures de la ville. Les moines ont donc assez bien réussi à défendre leurs possessions. Il en est allé de même pour les chanoines : la bulle de 1139 délimita leurs villages de Serques et de Surques d'une façon à peu près définitive. Les frontières des différents marais ont donc été fixées avant 1150, d'une façon un peu floue et sans grandes contestations ; la raison en paraît claire : c'étaient encore pour l'essentiel des zones à conquérir et qui n'excitaient pas trop la convoitise des puissants. Il en fut ainsi jusque vers 1165.
Alors tout change et, pendant un demi-siècle, se multiplient contestations et usurpations, se succèdent les actes, apparaissent les toponymes neufs. Vers 1215 tout est en place, le marais a acquis ses traits, pour six siècles. C'est que, pendant ce demi-siècle, chacun s'est efforcé d'arracher aux eaux, aux eaux d'autrui souvent, qui une pêcherie, qui une terre ; d'autres ont tracé des canaux. Participèrent à la redistribution anarchique, les églises bien sûr, surtout les églises jeunes et dynamiques, Watten au nord, Clairmarais à l'est, mais aussi les châtelains et leurs hommes, et les bourgeois. Saint-Bertin elle-même, brusquement consciente de la valeur du capital qu’elle avait laissé dormir, de s’accrocher à ses droits, d'exhiber ses parchemins, de les falsifier peut-être. Mais que valaient ces droits séculaires et imprécis contre l'ardeur des défricheurs ? L’abbaye tenait à ses pêcheries et défendait les eaux ; le faiseur de polder défendait la terre et maudissait ces eaux indisciplinées : le
châtelain revendiquait la Meere dont les eaux avaient envahi son polder, pour lui faire lâcher prise, les moines durent débourser les sommes énormes, Si les seigneurs se laissaient facilement désintéresser. Les églises étaient plus coriaces : les conflits avec Clairmarais s’éternisaient. Mais ce sont sans doute les bourgeois et les maraîchers qui emportèrent la plus belle part du nouveau marché. De leurs entreprises individuelles on ne sait rien sinon qu'en 1175 il fallut mettre un terme à ces défrichements sauvages en édictant des peines draconniennes, l'arsin et l'amende de 60 livres, contre ceux qui occuperaient une parcelle de la Meere ou des pâtures de la ville. Quant à la ville, elle obtint alors, au détriment du chapitre et de l'abbaye, des rectifications de frontière très appréciables. C'est donc au moment même où,
plus en aval, dans le delta du bas·Aa, s'opérait la mise hors d'eau définitive de la châtellenie de Bourbourg que le marais de Saint-Omer a lui aussi, achevé de fixer sa physionomie. Comment cela aurait-il été possible si, dès ce moment, n'avaient été mis en place les grands collecteurs indispensables ? C'est même, sans aucun doute, la création des grandes rivières qui explique la hâte de chacun à prendre possession des dernières terres basses qu'on pouvait désormais espérer drainer. En tout cas la création de ces rivières aurait été très difficile au XIII ème siècle au milieu de tant de terres occupées par l'homme.
Le réseau navigable qui desservait la ville était double : d'une part une série des canaux qui ceinturent la butte de Saint-Omer à peu près au niveau des cinq mètres. Rivière Sainte Claire, rivière des Foulons, rivière d'Erbostade, réseau modeste mais régulièrement entretenu au gabarit de 4 tonneaux qui donnait, par la waterporte d'Erbostade, sur la belle voie d'eau qu'est le Grand Large de l'autre part la rivière du Haut-Pont, prolongée par la Grande Rivière, qui portait des navires de mer de 300 tonneaux ou plus, quand du moins elle n'était pas "aterrie". Ce réseau a été aménagé au XII ème siècle, en deux temps.
Il parait possible d'affirmer qu'un réseau navigable a été aménagé vers 1100, mettant Saint-Omer en relation avec le pertuis de la Greveninga et la Mer du Nord, réseau modeste qu'on traita par la suite, dédaigneusement, d' "anciennes rivières", mais très hardi lors de sa conception et que les documents du début du XII ème siècle appellent novum fossatum, nova A. On sait que vers 1100 l'abbé Lambert construisit les moulins de Saint-Bertin en amenant depuis Arques les eaux de la Haute-Meldicq et, incidemment, en condamnant le Zutbroucq à l'inondation. Par où donc s'évacuaient toutes ces eaux, celles des moulins et aussi celles du Zutbroucq dont une partie, le Vinquebroucq devait constituer un des secteurs les plus précoces de l'expansion urbaine ? Les plans anciens indiquent tous trois émissaires, l’un qui traversait la curtis, apportant l'eau courante omnibus officinis
(per) aqueductum subterraneum, les deux autres encerclant l 'insula Sithiu, recevant l'eau des canaux du Zutbroucq et du Vinquebroucq et se déversant dans les canaux de la ville. Le système navigable qui ceinture la butte de Saint-Omer est donc sans doute contemporain des travaux de l'abbé Lambert. D'ailleurs il débouchait dans le Grand Large qui, lui, est attesté, indirectement, en 1139. A cette date, en effet, la limite de la villa de Serques vers le nord-ouest était la Verus A, c'est· à dire, puisqu'il n'y a pas de preuve que ces limites aient bougé par la suite, le grand collecteur naturel qui longe la rive flamande. Il y avait donc en 1139 un Nouvel Aa qu'on ne peut identifier qu'avec le Grand Large. La voie d'eau existait donc alors, qui menait vers le goulet de Watten et, de là, vers Killewal, Gravelines et la mer.
Entre 1070 et 1100 : création des moulins de Saint-Bertin, drainage du Zutbroucq, création du mouli de Costvrelore, création du vieux fossé, création de la route des Flandres Niewerled, la navigation vers Gravelines se fait par Nardstroem, Grand-large, Reninge, L'Aa naturel n'existe plus : c'est le "Vetus A".
La délimitation définitive de la chatellenie de Cassel intervient vers 1070 et celle de Bourbourg qui émerge des eaux aux environs de 1100. L’ampleur de ces travaux ne doit pas surprendre si on se souvient qu’à la même époque Bruges creusait le canal de l'OudeZwin, elle aussi pour assurer sa liaison avec la mer. Le Grand Large ne dut d'ailleurs pas être très difficile à tracer au milieu de marais imbibés d’eau ; le seul exploit technique consista à trancher quelques éperons de terre très modestes.
Le Grand Large avait un inconvénient : il ne mettait pas la ville en communication avec la rive flamande. La solution élégante devait être fournie, plus tard, par la Grande Rivière qui vint lécher la rive flamande à Saint·Momelin. Qu'il n’en fût pas ainsi vers 1100 s'explique aisément : la Grande Rivière nécessitait des digues puissantes qu'on n'était probablement pas encore en mesure de construire. Les textes confirment cette supposition : la charte de 1127, qui abolit à peu près toutes les exactions dont les bourgeois pouvaient avoir à se plaindre, ne parle pas d'exactions à Saint-Momelin. L'argument e silentio n'est pas ici sans valeur car il y avait précisément des exactions commises aux dépens de ceux qu i venaient ad Niuverledam. On traduit généralement Nieurlet. le petit village assis sur la rive flamande. Ce serait par là que se seraient alors opérés les échanges entre Saint-Omer et la Flandre. On peut sans doute aller plus loin et traduire Niuverleda par Nouveau Fossé c'est·à dire par ce que les cartes appellent la rivière de Nieurlet mais que l’usage populaire appelle plus justement le Lek, corruption de Led. On est alors tenté d'identifier ce led avec le novum fossarum ou Simonisled que les prétendus faux bertiniens de 1056 et 1093 présentent comme la limite occidentale des possessions des moines : novum fossatum, c'est la traduction exacte de Niuverleda. De ce led on pouvait gagner la ville par le vieux Stakelwaert. Plus tard on préféra passer par le Doulac, cette "ancienne rivière" qui passait entre la pâture aux chevaux ( Perdewee ) et le Quiquempoix (ou Quempouck ). Cette liaison existait-elle dès le début du XII ème siècle ? Ce n'est pas impossible.
Ces aménagements furent remarquables, mais ils ne sont rien comparables avec les travaux gigantesques des années 1160·1170. Qu'on se souvienne d’abord que c’est alors qu’à l’initiative du comte Philippe d’Alsace fut construit le nouveau port de Gravelines fait pour les cogges porteuses de vin. alors aussi que les Audomarois construisirent la "rivière de Gravelines" qui courait droit de Watten à l'écluse de Gravelines. Il était donc logique qu'ils construisissent aussi cette Grande Rivière que, dès 1193 au moins peut-être dès 1165. on prit l'habitude d'appeler Agniona ou mieux, en langue vulgaire Aa. Ici encore le synchronisme est parfait avec Bruges qui était précisément en train d'aménager sa liaison avec Damme. Mais si la Reyene portait que des barques, s'il fallait transborder à Damme les marchandises de mer. À Saint-Omer les navires de haute mer pouvaient parfaitement remonter jusqu'aux quais du Haut-Pont et on a la preuve qu'ils le firent. On imagine sans peine quels progrès un tel canal faisait faire à l'évacuation des eaux de l'Aa et comment sa création a commandé la fièvre de défrichement des années 1165-1215.
Le tracé de ce canal entretenu. Avec plus ou moins de soin, pendant huit siècles peut être aisément reconstitué : il traversait les pâtures communes entre deux digues au moins depuis l’extrémité du faubourg du Haut-Pont (Kettenbreghe) jusqu'à Saint-Momelin. Là il rejoignait le cours naturel de l'Aa qui longeait la digue nord des pâtures communes. Il fallut sans doute prolonger cette digue jusqu’à Lovestel, moins pour permettre la mise en valeur des marais de Mourquines que pour empêcher les eaux du canal de se répandre dans ces bas-fond s au grand dam de la navigation. Ensuite le canal contournait la seigneurie de Watten pour rejoindre le cours de I'"ancienne rivière" ( Reningue) et, de là, la rivière de Gravelines. Mais les gens de Watten ne durent pas tarder à creuser le raccourci qui leur permettrait de tirer, eux aussi, parti du t rafic, d'ailleurs, sur toute la rive flamande du marais c'était le branlebas : construction de moulins, revendications d’eaux et de rejets de terre, bornages. Et c'est sans doute aussi à ce moment que
"ceux de Bergues et de la West-Flandre" durent construire le canal de la Colme qui, lui aussi, contribua à évacuer les eaux du marais de Saint-Omer.
C'est donc au X ème siècle que se situent les épisodes décisifs de la conquête du marais par l'homme.
I1 reste à dire un mot du travail des hommes dans ce marais si profondément humanisé. La perte des archives de Saint Bertin empêche d'étudier sérieusement le secteur oriental. Les archives du Chapitre de Saint-Omer permettraient sans doute d'étudier le secteur occidental et d'y reconnaitre au nord, vers Serques, un marais livré au pâturage et au sud, vers Burques, un petit marais de maraichers et de pisciculteurs , mais ce sont les archives de la ville qu'on utilisera pour voir vivre ces deux marais.
Au sud, les quatre marais cultivés, Westbrouck, Nortbrouck, Ostbrouck et Zutbrouck, sont surtout connus par quelques centaines de chirographes échevinaux ou "werps". Dans ces actes les parcelles sont localisées avec une précision qui suffisait sans doute aux contemporains mais qui reste inutilisable aujourd'hui. La superficie est parfois indiquée ; elle est alors donnée en mesures. Apparemment de 35.47 ares,
valant 10 livres ou 1OO verges (carrées), exceptionnellement, pour de très petites parcelles, en pieds. La plus grosse pièce connue fait 5 mesures, la plus petite un quart de verge. Mais les transactions portent assez souvent sur plusieurs parcelles jointives ; il y avait donc déjà des ilots de propriété, traduction des efforts de remembrement ; il y avait sans doute aussi, comme de nos jours, des îlots d'exploitation, mais ils nous échappent. Les werps décrivent avec précision la nature des immeubles ; quatre éléments se distinguent : maison (et jardin, et masure c'est-à-dire parcelle à bâtir). terre, eau et marais. Le marais, ou brouck, semble donc un résidu de nature vierge, amphibie. Au contraire l'eau est une conquête de l'homme : ce sont des viviers avec leur entrée (waert) sur les rivières communes (stroems, lets, vaerts). On peut se demander si ces viviers étaient mesurés ; les terres, elles, l'étaient avec une précision qui descend parfois jusqu'au quart de verge (9,86 m2). On les appelle en général "terre mareske" ; souvent elles enferment un wael et sont bordées de fossés. 11 arrive qu'on aliène séparément l'eau et la terre ; alors on réserve pour le possesseur de la terre le droit d'"avoir chemin" par les eaux de l'autre et pour celui-ci le droit de pêcher depuis la terre du premier. Certaines terres sont appelées Jegher (leigher, aujourd'hui Jègres) ; il s'agit, semble-t-il, de parcelles bordées de fossés qui s'allongeaient derrière les maisons ; dans ce cas les eaux étaient souvent mesurées avec les terres.
Ces terres atteignent des prix élevés, bien supérieurs à ceux des "terres ahanaules" de la proche terre ferme. Cela se comprend : elles portent, sans doute sans repos, des récoltes de produits chers. Les clauses des "héritables censes" sont à cet égard riches d’enseignement : le plus souvent, le preneur ne peut "laisser l terre" qu’elle ne soit "waignée après semence" ou "labourée après dépouille" de chanvre, d'ail ou d’oignon. Le choix de ces cultures est presque toujours laissé au choix du preneur. ce qui exclut toute notion d'assolement régulier et on ne voit pas, d’ailleurs, pourquoi un assolement rigide aurait èté imposé à ces parcelles tout individuelles et fertilisées chaque année par les crues de l'Aa. On trouve aussi mais rarement, des mentions de foin et d’aunes. Quant aux waels, on en
tirait des tourbes, mais ils servaient surtout à la pêche et aussi à la chasse.
Dans les baux à "héritable cense", le preneur était normalement tenu de "mettre un amendement" qui bonifiât la propriété. Pour certaines pièces, en particulier les prés, qui étaient encloses, le preneur devait entretenir les haies vives ou en planter de neuves, On trouve aussi l’obligation de "mettre une maison de 6 L.P." Mais le plus souvent il s'agissait de quelques centaines de nefs de terre
à mettre sur la terre maresque dans les trois ans, en précisant parfois où il convenait de "backier le terre". Ou bien on imposait au preneur de "faire terre waignaule dudit marais" ou de ''emplir de terre une fausse qui servait de vivier'' 91. Il est frappant de constater que dans beaucoup de baux on n'édicte "en nom d'assenement", que certaines modalités ou formalités "se il veut laisser le terre". On n'imposait donc de "terrer" que les pièces qui en avaient besoin par suite d'une longue négligence, et il semble que dans ce cas la rente était sensible ment plus faible. Dans les autres cas on laissait le preneur juge des travaux nécessaires pour exhausser la terre en curant son canal ou son vivier, c'est·à-dire pour entretenir en bon père de famille ce qui était au fond sa tenure héréditaire, d'autant plus qu'il ne pouvait la "laisser et rapporter" qu'à l'état de "terre waignaule".
L'autre source qui permet de saisir la vie du marais à la fin du moyen âge provient directement de l'échevinage : ce sont d'une part la législation des bans et des keures, de l'autre les délibérations échevinales. Bans et résolutions constituent une mine foisonnante d'informations sur la navigation, la pêche, la culture et le pâturage, informations malheureusement difficiles à exploiter car les décisions n'eurent souvent qu'une application temporaire et se contredisent parfois d'une année sur l'autre. On n'en a retenu ici que ce qui concerne les pâtures communes.
Les "communes" étaient réservées aux bourgeois, en principe du moins. Eux seuls pouvaient y mettre, selon les années, plus ou moins de bêtes, y faucher tant de foin, y "scier" rosel ou joncs. Il leur était, semble-t-il, interdit d'y "tendre filets as oiseaux de rivière" et peut-être même d'y pêcher. Sinon anguilles et palins. Au XV ème siècle la ville affermait ces pâtures ou les donnait â garder, en même temps que le "passage de Vieux-Moutier" (bas de Saint-Momelin). à un garde qui prenait des bourgeois une taxe pour chaque tête de bétail mise ès communes. Au milieu du XV ème siècle le garde était tenu de mettre sur les bords des pâtures communes, là où besoin en était, jusqu’à 1 500 batelées de terre par an. En 1449 on se plaignait fort du garde, Jean de Brabant, qui, entre autres méfaits, avait mis ces 1 500 batelées à l'endroit où il avait fait édifier sa maison et qui avait laissé fouler les rives par les bêtes. Les communes étaient donc un vrai polder qu’il fallait protéger des eaux voisines, toujours plus hautes en raison de l'alluvionnement. On les inondait quand on voulait, pour les fertiliser. Ce petit polder était drainé par des fossés. Les eaux pouvaient s'évacuer vers l'aval, c'est-à-dire vers la terre de Mourquines. aux saisons favorables. On essaya aussi de les purger par un moulin. Un werp du 7 mars 1322 cite "le molin a vent de le wede" qui servait peut-être déjà à cet usage ; il est sûr, qu'en 1425 les échevins envoyèrent un émissaire en Hollande pour récupérer le plan d'un moulin pour vider des eaux. En 1438 le garde Jean de Brabant le faisait ouvrer ; en 1453 ce moulin de briques, sis au côté ouest de la grande rivière, tout ruiné, fut jugé inutile et vendu aux enchères, "sans faire dommage au fond, pour les sources des eaux" ; on en revient donc à l'évacuation des eaux par la terre de Mourquines , provisoirement ...
Ce marais, même à l'état naturel, offrait à l'homme une gamme de ressources : le poisson, le gibier, l'herbe, le roseau, le bois même, assez précieuses pour justifier que tant de villages se soient établis sur ses bords. Puis, au prix d'un labeur séculaire dont les épisodes décisifs se situent au XII ème siècle, l'homme en a conquis la plus grande partie pour y élever du poisson, pour y faire pousser l'herbe, le chanvre et les aliments du "compenage" et aussi, ou surtout, pour y tracer son réseau de voies navigables. Dès lors le marais, si soumis qu'il fût aux draconiennes conditions physiques qu'on a évoquées plus haut, est devenu, fondamentalement, un paysage humanisé, en attendant de devenir sous nos yeux un paysage menacé par l'homme, ses excès et ses pollutions.
Son nom seul, "marais de Saint-Omer", dit assez ce qu'il a dû, â l'homme de la ville qui était née sur ses bords. C'est elle qui a dessiné les artères maitresses de l'hydrographie, c'est autour d'elle que se sont agglomérés le marais maraicher et les trois ‘voisinages’de ‘brouckères’ ( horticulteurs ). de ‘marronniers’ et de ‘frais pissoniers’ qu'étaient l'Ysel, le Haut-Pont et la Fresque-Pissonnerie. Rarement sans doute avant l’époque industrielle il aura été donné à une ville de modeler à ce point son paysage proche.
sources
Dixième colloque des historiens médièvistes : Le paysage rural réalités et représentations - Le Marais de Saint-Omer - revue du nord 1980 -